Le président Laurent Saint vient de prendre la parole à l’occasion du 80e anniversaire de l’ONU. Dans son intervention, il a une nouvelle fois sollicité l’aide de la communauté internationale pour faire face à l’insécurité qui ravage notre pays. Pendant ce temps, le président dominicain, lui, a mis l’accent sur des thèmes d’avenir – justice économique, lutte contre le changement climatique, préservation de la biodiversité – tout en rappelant que son pays continuera de prendre des mesures pour se protéger de la situation haïtienne. Deux discours, deux visions : l’un tourné vers la mendicité, l’autre vers la projection et la protection.
Soyons clairs : l’insécurité en Haïti ne sera pas résolue uniquement par l’aide internationale. Oui, la coopération et le soutien des pays amis sont importants. Mais cette dépendance constante traduit une faillite politique totale. Nos dirigeants n’ont ni vision, ni courage, ni capacité à construire un État souverain et responsable. Pire encore, ils perpétuent une logique où chaque crise devient un argument de plus pour tendre la main, sans jamais assumer leur devoir de transformation réelle.
Cette posture de faiblesse a des conséquences directes et douloureuses. Des milliers d’Haïtiens, contraints à l’exil faute d’opportunités dans leur propre pays, subissent la maltraitance et l’humiliation en terre étrangère, particulièrement en République dominicaine. Expulsés, discriminés, parfois violentés, ils payent le prix de l’incapacité de leurs dirigeants à leur offrir une vie digne chez eux. Pendant que l’État mendie, le peuple s’exile et se fait piétiner.
À force de demander, de supplier, de quémander, l’État haïtien se réduit à un rôle de mendiant diplomatique. Comment prétendre au respect et à la solidarité des autres nations quand nous refusons de faire nous-mêmes l’effort d’assainir nos institutions, de combattre la corruption, de restaurer la justice et de bâtir une économie viable ?
L’insécurité qui nous ronge n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un abandon, d’un calcul, d’une irresponsabilité. Elle ne disparaîtra pas tant que l’État ne décidera pas de prendre des mesures concrètes, sérieuses et courageuses pour rétablir l’ordre et redonner confiance au peuple.
L’aide internationale peut être un levier, mais elle ne remplacera jamais la conscience nationale. Si nous n’assumons pas notre destin, si nous n’osons pas affronter nos contradictions et notre propre lâcheté collective, alors aucune mission étrangère, aucun financement extérieur, aucune résolution onusienne ne pourra sauver Haïti.
En réalité, le discours du président à l’ONU confirme ce que beaucoup d’Haïtiens constatent depuis longtemps : nous avons des dirigeants qui ont choisi la facilité de tendre la main, plutôt que la dignité de retrousser leurs manches.
Il est temps de comprendre que le salut ne viendra pas d’ailleurs. Haïti doit s’assumer, ou disparaître.